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L'IA et sa désinformation s'invitent dans les spots de campagne aux États-Unis
L'IA et sa désinformation s'invitent dans les spots de campagne aux États-Unis / Photo: JEFF KOWALSKY - AFP

L'IA et sa désinformation s'invitent dans les spots de campagne aux États-Unis

À l'approche des élections de mi-mandat aux États-Unis, l'intelligence artificielle s'est invitée dans les traditionnelles publicités de campagne à coups de millions de dollars, quitte à faire preuve de désinformation.

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Le phénomène a été nommé "slopaganda" par des chercheurs, contraction de "slop" ("bouillie") et propagande, et se retrouve à la fois chez les républicains et les démocrates, même si les premiers sont plus nombreux à en faire usage avant l'échéance des "midterms", le 3 novembre.

Dans l'une de ces publicités, Abdul El-Sayed, candidat démocrate pour le Sénat dans le Michigan (nord), est représenté en train de jouer à un jeu de société avec des cartes "Mort à l'Amérique" et "Célébrez le 11-Septembre".

Le candidat, qui est musulman et dont le père est natif d'Égypte, est également représenté dans une fausse photo de famille avec quatre femmes portant un voile islamique de la tête aux pieds.

"La destruction d'Israël et de l'Occident n'est pas qu'un jeu pour eux", assène un narrateur, avant d'ajouter : "C'est une mission".

Une organisation politique proche du sénateur républicain du Texas Ted Cruz est à l'origine de cette vidéo aux propos incendiaires.

Le spot comporte une mention précisant que la vidéo a été "créée entièrement ou en partie avec l'aide de l'intelligence artificielle".

- "Pente glissante" -

Mais la plupart des publicités créées avec l'IA ne font pas figurer cette mention, selon des chercheurs, déformant encore davantage une campagne déjà touchée par la désinformation électorale.

Le Wesleyan Media Project, qui suit les dépenses de publicité des campagnes électorales aux États-Unis, a identifié jusqu'ici 220 publicités politiques générées au moins en partie avec l'IA. Un chiffre que le groupe de chercheurs dit assurément sous-estimé.

Sur les 220 spots, 81% ont été financés par des candidats ou organisations proches des républicains de Donald Trump, 12% par les démocrates, et le reste par des candidats ou groupes indépendants.

Le projet estime aussi que leur diffusion a coûté plus de 137 millions de dollars, alors qu'en 2024, les dépenses pour des publicités générées par l'IA ne s'élevaient qu'à 50.000 dollars.

Seulement 27% des publicités comportent une mention sur l'IA, affirme Erika Franklin Fowler, codirectrice du Wesleyan Media Project, une tendance qu'elle qualifie de "problématique".

Aucune réglementation à l'échelle fédérale n'oblige à faire porter cette mention, bien que certains États américains ont posé des limites à l'utilisation de l'IA dans le cadre électoral.

Le sénateur démocrate Jon Ossoff a estimé le mois dernier qu'il était "profondément perturbant" de voir ces vidéos truquées utilisées pour des campagnes électorales.

"C'est une pente glissante vers la destruction de la vérité dans le débat politique", a-t-il affirmé à la chaîne C-Span.

- Inquiétude croissante -

L'élu de Géorgie (sud-est), en lice pour sa réélection le 3 novembre, a demandé le retrait d'une publicité truquée, sans mention d'utilisation de l'IA, qui le montre en train de recevoir des soins dans un salon de beauté et l'accuse de "maquiller" son bilan.

Derrière la publicité : le groupe politique Senate Leadership Fund, qui œuvre pour les candidats républicains au Sénat.

L'arrivée massive de l'IA dans les spots de campagne intervient au moment où la confiance du grand public envers cette technologie décline fortement.

Dans un sondage récent pour l'association AAPC Foundation, 73% des personnes interrogées qualifient d'"inacceptable" l'utilisation de l'IA par la campagne d'un candidat dans le but de créer des images ou des vidéos.

Mais certains chercheurs relativisent l'impact de ces publicités sur les résultats électoraux.

La "slopaganda" est "probablement plus efficace pour mobiliser des électeurs ou lever des fonds qu'elle ne l'est sur le choix d'un candidat", affirme le Center on Tech Policy de l'université de New York dans un rapport récent.

Le rapport évoque aussi des "limites" pour ces publicités dans leur capacité à capter l'attention, "surtout à mesure que nous sommes de plus en plus submergés par la bouillie produite avec l'IA."

Ch.Jacobs--RTC