Allemagne: après un "désastre" électoral pour Merz, l'extrême droite évoque son "crépuscule"
Le chancelier Friedrich Merz était sous pression lundi pour se relancer, après d'humiliantes défaites électorales régionales face à la gauche radicale et l'extrême droite, cette dernière prédisant même son départ avant la fin de l'année.
Dans le nord-est du pays, au Mecklembourg-Poméranie occidentale, son parti conservateur, la CDU, est éliminé de l'assemblée, faute d'atteindre le score éliminatoire de 5%, une première pour un Etat régional dans l'histoire du pays depuis 1945.
Le parti antimigrants et prorusse Alternative pour l'Allemagne (AfD) y est arrivé en tête, mais c'est une alliance de la gauche qui semble en meilleure position pour former l'exécutif régional. A Berlin, la gauche radicale Die Linke (25%) devance la CDU (20%) et est en position de lui ravir la mairie. L'AfD est aussi en forte progression (environ 15%).
Ces deux défaites s'ajoutent à celle du 6 septembre face à l'AfD dans une autre région de l'Est, la Saxe-Anhalt, qui avait déjà déclenché une vague de spéculations sur un départ prématuré du chancelier.
Devant la presse à Berlin, le patron de l'AfD en Mecklembourg-Poméranie Occidentale, Leif-Erik Holm, a prédit en conséquence que M. Merz "ne tiendra certainement pas jusqu'à la fin de l'année". "Le crépuscule du chancelier a commencé", a-t-il assuré.
Alice Weidel, co-dirigeante de l'AfD, a jugé que son parti avait déjà "remplacé" la CDU en tant que "grand parti populaire", sa formation caracolant aussi en tête des sondages nationaux, presque à 30%, une dizaine de points devant la CDU.
- Merz persiste -
M. Merz, 70 ans, n'est au pouvoir que depuis 16 mois mais son impopularité flirte avec les 90%, un record. Sa promesse de relancer une économie moribonde et de reprendre des voix à l'AfD avec une politique migratoire n'a pas rencontré le succès escompté.
Quelques minutes après la fermeture des bureaux de vote dimanche, il a voulu juguler le débat sur son avenir politique en soulignant devant les caméras qu'il restait "président de la CDU" et "chancelier".
Tout en reconnaissant "un désastre" électoral, M. Merz a juré de maintenir le cap de ses réformes pour relancer une économie en pleine stagnation, en raison d'un manque d'innovation, de la concurrence chinoise, de dépenses sociales croissantes et de la hausse des prix de l'énergie à cause des guerres en Ukraine et au Moyen-Orient.
Illustration de ces difficultés: l'industrie de l'automobile, qui supprime les postes par dizaines de milliers. Le syndicat IG Metall mène lundi une journée d'action nationale pour défendre les emplois et les sites de production.
Et M. Merz est aussi au défi de trouver des accords avec son partenaire social-démocrate, sans qui il ne peut gouverner. Or ses dirigeants ont appelé à revoir la copie du gouvernement à la lumière des débâcles électorales du mois de septembre.
- Tête baissée dans le mur -
"Nous restons engagés dans cette coalition, mais on ne peut pas continuer comme ces derniers mois. Il faut des changements. Avec cette ligne claire, nous entamons maintenant aussi les discussions", a jugé Lars Klingbeil, dirigeant du SPD et ministre des Finances de M. Merz.
"Foncer tête baissée contre le mur en expliquant qu'il suffit d'être encore plus rigoureux dans ce que nous avons fait jusqu’ici et que les gens finiront bien par comprendre, cela ne fonctionnera pas", a-t-il lâché.
Pour Marc Debus, politiste de l'Université de Mannheim, M. Merz "aura du mal à se maintenir à son poste, car les mauvais résultats électoraux de la CDU sont étroitement liés au travail (...) du gouvernement fédéral et du chancelier".
Et il va maintenant devoir composer avec les opinions divergentes de sa base conservatrice et des sociaux-démocrates.
"Il sera donc encore plus difficile pour le chancelier Merz de faire adopter au sein de la coalition gouvernementale les réformes qu'il a de nouveau annoncées hier soir", conclut l'expert.
Le chef du gouvernement allemand a lui jugé dimanche soir que ses réformes "sont l'antidote contre le poison de l'autoritarisme", référence à l'AfD, accusé de collusion avec les milieux néonazis.
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R.Gutierrez--RTC