Scandale financier au Brésil : un sénateur proche de Lula perquisitionné
La police brésilienne a déclenché jeudi une vaste opération avec des perquisitions visant notamment le sénateur de gauche Jaques Wagner, proche allié du président Lula, pour son implication présumée dans un scandale financier qui secoue l'échiquier politique à l'approche de la présidentielle d'octobre.
La police fédérale (PF) a annoncé avoir mené 18 perquisitions dans trois Etats brésiliens dans le cadre de l'enquête sur la banque privée Banco Master, liquidée après avoir accumulé des milliards d'euros de dettes, et sur les liens suspects de son propriétaire, Daniel Vorcaro, avec des personnalités des hautes sphères du pouvoir.
Ce nouveau rebondissement dans une affaire qui fait grand bruit au Brésil depuis plusieurs mois intervient alors que Luiz Inacio Lula da Silva tentera de se faire réélire pour un quatrième mandat non consécutif en octobre.
Jacques Wagner, 75 ans, a réfuté les accusations à la chaîne Band News : "Je n'ai jamais reçu d'argent de qui que ce soit, encore moins de Master".
Les agents se sont rendus à plusieurs adresses liées à Jaques Wagner dans le cadre de perquisitions autorisées par la Cour suprême, selon une décision judiciaire consultée par l'AFP.
Le sénateur a indiqué que les agents étaient arrivés à son domicile dès l'aube et avaient "défoncé" sa porte.
- Corruption et blanchiment -
Ancien gouverneur de l'Etat de Bahia (nord-est) et ex-ministre de la Défense de la présidente de gauche Dilma Rousseff (2011-2016), cet influent parlementaire de 75 ans est le leader du bloc parlementaire du gouvernement Lula au Sénat.
Selon l'ordonnance de la Cour suprême, il est soupçonné d'avoir reçu des "avantages économiques indus" dépassant le million d'euros, notamment un appartement, des virements bancaires et l'utilisation de jets privés.
En échange, les enquêteurs estiment qu'il a agi pour défendre les intérêts de Banco Master, en faisant pression au Sénat pour l'examen d'un amendement constitutionnel – qui n'a pas abouti – visant à augmenter le plafond du fonds de garantie du système bancaire brésilien.
"Les faits qui font l'objet de l'enquête peuvent, en théorie, constituer des délits de corruption passive, corruption active et blanchiment", a précisé la police fédérale dans son communiqué.
Edinho Silva, président du Parti des Travailleurs (PT) de Lula et de Jaques Wagner, s'est dit "confiant" dans la capacité du sénateur à "éclaircir les faits et prouver son innocence".
Le scandale Banco Master a débuté en novembre quand elle a été liquidée pour s'être révélée insolvable, ayant accumulé plus de six milliards d'euros de dettes auprès de 800.000 investisseurs.
- Perquisitions visant gauche et droite -
L'enquête a ensuite porté sur des liens suspects avec les milieux politiques et judiciaires. Arrêté en mars, le N.1 de cette banque, Daniel Vorcaro, s'est vanté devant la police d'avoir des "amis" haut placés.
Le sénateur Flavio Bolsonaro, pressenti comme le principal adversaire de Lula à la présidentielle d'octobre, a lui aussi été éclaboussé par ce scandale.
Selon des enregistrements audio diffusés par la presse, le fils aîné de l'ancien président d'extrême droite Jair Bolsonaro a demandé à M. Vorcaro de l'argent pour financer un film biographique sur son père, produit aux Etats-Unis et interprété par l'acteur Jim Caviezel.
Depuis ces révélations, Flavio Bolsonaro a reculé dans les sondages et se retrouve désormais plusieurs points derrière Lula dans les intentions de vote pour le second tour.
Le mois dernier, le sénateur conservateur Ciro Nogueira, ancien ministre du gouvernement Bolsonaro (2019-2022), a également été ciblé par des perquisitions de la police fédérale, soupçonné d'avoir reçu de l'argent de Banco Master en échange de faveurs politiques.
Le président Lula, qui a reconnu avoir rencontré le banquier en 2024, s'est engagé à ce que l'enquête aille "jusqu'au bout".
O.Larsson--RTC