Les Suisses rejettent l'initiative anti-immigration, selon les projections
Les Suisses auraient rejeté l'initiative populaire anti-immigration de la droite radicale proposant de plafonner la population du pays, selon les projections de l'institut de sondage gsf.bern.
Dans un référendum distinct, la tendance tendait en revanche vers une approbation d'un projet du gouvernement visant à durcir les conditions d'accès au service civil afin de préserver la primauté du service militaire, avec près de 53% de votes favorables.
Le votre sur l'initiative anti-immigration, qui s'annonçait très serré, aurait basculé en faveur du non à 55%, selon la tendance de gsf.bern publiée 30 minutes après la fermeture des bureaux de vote.
"Nous sommes très soulagés et heureux. C'est un résultat qui est important pour notre pays et pour nos relations avec l'UE", a réagi la directrice l'organisation patronale economiesuisse, Monika Rühl, à la télévision publique RTS.
"Je suis rassuré. Cette initiative mettait en pratique une politique du bouc-émissaire", a également déclaré Benoît Gaillard, député socialiste, à la télévision.
Dans les sondages précédant le vote, le non était donné légèrement gagnant pour cette initiative, dont l'adoption aurait pu compromettre les relations entre la Suisse et l'Union européenne, son principal partenaire commercial, avec laquelle elle entretient des liens économiques étroits malgré sa non-appartenance à l'UE.
"Il y a un moment où il faut se dire qu'il faut une limite", a déclaré Gilles Hirt, retraité, au micro de l'AFP dans un bureau de vote à Berne, comparant la situation à un bateau : "S'il est prévu pour 150 personnes et que vous en faites monter 250, ça devient limite. Si vous en faites monter 350, on coule".
- "La misère du monde" -
Si le seuil des 10 millions avait été dépassé, la Suisse aurait dû dénoncer l'accord de libre circulation avec l'UE dans les deux ans, et d'autres accords bilatéraux portant sur l'asile et la sécurité viendraient également à tomber.
Pénurie de logements, hausse des loyers, bétonnage du paysage, bouchons, trains bondés, augmentation de la criminalité, système de santé à bout et baisse de la qualité de l'enseignement sont les principaux arguments des promoteurs de cette initiative.
L'initiative était combattue par le gouvernement, le Parlement, les principaux partis politiques, les syndicats et le patronat.
"Dans un monde globalisé, il est tout simplement absurde de vouloir fermer les frontières et limiter le nombre de personnes autorisées à entrer", a déclaré à l'AFP Josefina Luque, enseignante venue voter à Berne. Elle estime toutefois qu'ignorer "les craintes d'une partie de la population" risquerait de voir ressurgir la même initiative dans cinq ans".
Selon le gouvernement, l'initiative "menace la prospérité, le bon fonctionnement de la société, la sûreté intérieure et la tradition humanitaire de la Suisse".
- "Conflit de conscience" -
Dans un référendum distinct, les Suisses auraient donc accepté la proposition de loi visant à durcir l'accès au service civil, dans un contexte où la guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques poussent de nombreux pays à renforcer leurs armées.
La gauche, à l'origine du référendum, juge cette réforme "dangereuse" et estime qu'elle pourrait à terme conduire à la disparition de cette alternative au service militaire dans le riche pays alpin.
La Suisse impose un service militaire obligatoire aux hommes dans le cadre d'un système de milice, où les conscrits, encadrés par quelques milliers de militaires professionnels, suivent une formation initiale durant généralement 18 semaines puis des périodes d'entraînement régulières pendant neuf ans.
Depuis 1996, les objecteurs de conscience peuvent effectuer un service civil. Depuis la suppression en 2009 de la commission chargée de vérifier la réalité de leur "conflit de conscience", leur nombre a fortement augmenté, ce que le gouvernement juge problématique.
C.Moreno--RTC