Le Kazakhstan adopte une nouvelle Constitution controversée
Le Kazakhstan a largement adopté dimanche une nouvelle Constitution censée selon les autorités démocratiser la première économie d'Asie centrale, en dépit d'amendements appelés à renforcer la main-mise du président Kassym-Jomart Tokaïev.
Selon trois sondages à la sortie des urnes réalisés pour les médias étatiques, entre 86,7% et 88,6% des électeurs ont approuvé les amendements constitutionnels lors de ce référendum dans ce pays allié de la Russie et de la Chine tout en étant partenaire économique de l'Union européenne.
Depuis la mort en janvier 2022 de 238 personnes dans des manifestations contre le coût de la vie qui avaient dégénéré en émeutes, le président Tokaïev affirme vouloir construire un "Kazakhstan juste" en libéralisant le système politique.
Elu en 2019 après la démission surprise de Noursoultan Nazarbaïev, au pouvoir durant trois décennies, M. Tokaïev assure que grâce à cette nouvelle Constitution, "le Kazakhstan abandonne enfin son régime super-présidentiel et s'oriente vers une république présidentielle dotée d'un Parlement influent".
La participation a atteint les 73,24% après une campagne où les autorités ont mobilisé de célèbres artistes et athlètes.
Un photographe de l'AFP a vu de nombreuses personnes se prendre en photo lors du vote, tandis que des électeurs ont reçu des cadeaux.
Ces pratiques sont courantes en Asie centrale, où les observateurs internationaux relèvent régulièrement la non-transparence des scrutins.
Les rares personnes critiquant les amendements sur les réseaux sociaux ont été convoquées par la police, tandis que des journalistes ayant publié des sondages ont reçu des amendes.
Le dirigeant Tokaïev a estimé que les opposants "franchissaient la ligne rouge" et ne comprenaient pas la nouvelle Constitution.
Pour Achirbek Berdibekov, logisticien de 60 ans à Almaty, "un citoyen kazakh doit soutenir la politique kazakhe".
- "Restrictions excessives" -
M. Tokaïev défend des amendements constitutionnels qui "refonderont l'ensemble du système étatique, permettront une redistribution des pouvoirs, renforceront l'équilibre du système de contrepoids".
Plusieurs modifications indiquent pourtant le contraire: la nouvelle Constitution lui permettra de nommer directement les chefs de postes stratégiques - Banque centrale, services secrets, Cour constitutionnelle - des nominations auparavant soumises à l'accord du Sénat. Celui-ci va disparaître.
Si le Kouroultaï - nouveau Parlement monocaméral - refuse à deux reprises d'approuver des nominations à d'autres postes, le dirigeant pourra le dissoudre et promulguer temporairement des actes ayant force de loi.
La liberté d'expression, déjà étroitement contrôlée, ne devra pas "porter atteinte à la moralité de la société ni violer l'ordre public". Il sera encore plus facile de restreindre les manifestations.
L'ONG de défense des droits humains Human Rights Watch a estimé que ces amendements risquaient d'"entraîner des restrictions excessives et injustifiées à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique".
Selon l'observateur politique kazakh Viktor Kovtounovski, "il s’agit plutôt du démantèlement des concessions libérales limitées auxquelles Kassym-Jomart Tokaïev avait été contraint de consentir en 2022", estime l'expert pour l'AFP.
- Succession -
A l'instar des autres ex-républiques soviétiques centrasiatiques où les scrutins valident les décisions des dirigeants, l'adoption du référendum était acquise après une campagne à sens unique d'un mois et des amendements adoptés en deux semaines.
L'observateur politique Kovtounovski estime que "cette frénésie constitutionnelle ne peut s’expliquer que par une préparation accélérée de la transition du pouvoir".
Selon lui, "Tokaïev consolide le trône pour son successeur".
L'apparition du poste de vice-président fait partie des principales nouveautés constitutionnelles, car son futur titulaire pourrait être perçu comme le successeur de M. Tokaïev, qui aura bientôt 73 ans et a promis de ne pas se représenter en 2029.
A.Olsson--RTC