Budget britannique : un peu d'air promis aux ménages, sous l'œil des marchés
Le gouvernement travailliste du Premier ministre britannique Andy Burnham doit dévoiler mercredi un premier budget prévoyant quelques gestes pour le pouvoir d'achat, sa priorité affichée, malgré une marge de manœuvre limitée par des taux d'emprunt élevés et ses engagements en matière de défense.
Le ministre des Finances John Healey présentera les plans de l'exécutif aux députés à la mi-journée. Il cherchera à rassurer les marchés alors que les finances publiques et les entreprises subissent les effets de la guerre au Moyen-Orient, qui alimente une inflation élevée, à 3,5% en septembre.
Dans un message vidéo transmis mardi, il s'est de nouveau engagé à respecter "des règles budgétaires strictes" et à veiller "à ce que chaque livre soit bien investie". Le parti travailliste a notamment promis de couvrir à terme les dépenses courantes par les recettes, sans recourir à l'emprunt.
"Ce budget est conçu pour offrir aux ménages un répit face à certains coûts du quotidien, fournir un soutien ciblé aux entreprises et aux travailleurs indépendants, et amorcer l’action de long terme nécessaire pour faire durablement baisser les coûts de l’énergie", a-t-il ajouté.
- Cornichons et chocolat -
Les quelques mesures dévoilées mardi sont très ciblées : réduction de certains droits de douane sur plus de 100 produits importés (comme les cornichons ou le chocolat), maintien d'indemnités kilométriques défiscalisées ou encore extension des indemnités parentales.
Le salaire minimum devrait lui être revu à la hausse de près de 4 %, selon les médias britanniques.
Le gouvernement préparerait aussi de nouvelles aides pour alléger les factures d'énergie des ménages, en complément de la suppression de la TVA sur l'électricité entrée en vigueur en octobre.
M. Healey a également promis aux entreprises 800 millions de livres d'économies grâce à un allègement des formalités administratives et douanières.
"La priorité doit être la crédibilité, ce qui implique un budget qui respecte clairement les règles budgétaires, entièrement chiffré et évitant les larges cadeaux non financés", explique à l'AFP James Wood, professeur d'économie politique à l'université de Cambridge.
"Avec une dette publique d'environ 94 % du PIB, la marge de manœuvre est limitée", relève-t-il.
Dans de nombreux pays, les taux auxquels les États empruntent sont au plus haut depuis des décennies, sur fond d’inflation alimentée par la flambée des prix de l’énergie liée aux guerres au Moyen-Orient et en Ukraine.
Selon le cabinet Oxford Economics, la marge de sécurité dont dispose le gouvernement pour respecter ses règles budgétaires aurait fondu de moitié depuis mars. L'Office for Budget Responsibility (OBR), l'organisme chargé de surveiller les finances publiques, l'évaluait alors à 23,6 milliards de livres.
- "Monde incertain" -
Pour dégager de nouvelles recettes, le gouvernement pourrait notamment instaurer une taxe exceptionnelle sur les bénéfices des banques, selon la presse britannique. John Healey aurait en revanche écarté une hausse de l'impôt sur les plus-values.
Le gouvernement doit également préciser mercredi comment il compte financer les 4,7 milliards de livres manquant au plan d'investissement dans la défense annoncé en juin par Keir Starmer, le prédécesseur d'Andy Burnham. Ce plan prévoyait 15 milliards supplémentaires sur quatre ans.
Ces dépenses doivent porter l'effort de défense à 2,7% du PIB en 2027. La trajectoire vers les 3,5% promis à l'OTAN pour 2035 doit être précisée l'an prochain.
Le sujet est particulièrement sensible pour John Healey, qui avait démissionné du ministère de la Défense sous Keir Starmer pour protester contre des financements jugés insuffisants.
"Dans un monde incertain, nous renforcerons la sécurité nationale et nos défenses, ainsi que notre soutien à l'Ukraine", a-t-il déclaré mardi.
L'OBR publiera mercredi, parallèlement au budget, ses nouvelles prévisions de croissance et d'inflation. Le FMI a récemment relevé sa prévision de croissance pour le Royaume-Uni à 1,3% en 2026, mais anticipe un léger ralentissement l'année prochaine.
K.Bastien--RTC