Le Laos, "batterie" à plat de l'Asie du Sud-Est
Pays enclavé et peu développé, le Laos se présente comme la " batterie de l'Asie du Sud-Est" grâce à ses dizaines de centrales hydroélectriques, mais de fréquentes coupures de courant plongent sa propre population dans l'obscurité.
A Vientiane, lorsque le courant s'interrompt après la tombée de la nuit, les familles sortent de chez elles pour échapper à la chaleur étouffante des maisons, éclairant leur chemin avec leurs téléphones portables.
Dans l'un des deux principaux hôpitaux publics de la capitale, une médecin du service des urgences pédiatriques est habituée à voir les équipements médicaux s'arrêter soudainement avant que les générateurs ne prennent le relais.
"On a régulièrement des problèmes d'électricité depuis trois à six mois, surtout au département de pédiatrie", témoigne-t-elle sous couvert d'anonymat.
Un incendie provoqué récemment par des câbles vétustes dans l'allée jouxtant l'établissement a entraîné une panne, qui a coupé l'alimentation des appareils de radiographie, d'échographie et de ventilation, ajoute la médecin.
Ailleurs à Vientiane, le réceptionniste d'une clinique raconte que les coupures, généralement annoncées à l'avance, surviennent deux à trois fois par semaine.
A défaut de générateur, "on doit se raccorder à l'électricité d'un magasin voisin", dit-il, lui aussi anonymement, dans cet Etat communiste où la dissidence n'est pas tolérée.
- Modernisation économique -
Le Laos a exporté environ les deux tiers de sa production d'électricité en 2023, selon la Banque mondiale, mais des experts estiment que ce chiffre est aujourd'hui encore plus élevé.
Les exportations ont rapporté cette année-là 2,65 milliards de dollars, à en croire le gouvernement, souvent dans le cadre d'accords conclus par l'Etat avec des entreprises investissant dans les infrastructures du pays.
"Les lignes de transmission de la plupart des projets sont +dédiées+ à leurs clients", explique Grant Hauber, conseiller Asie au think-tank spécialisé IEEFA. "Cela signifie qu'elles ne sont pas connectées au réseau domestique pour les consommateurs laotiens."
Une grande partie du réseau date des années 1970 et peine à suivre le rythme d'une économie de plus en plus moderne et des besoins induits par le tourisme, les grands projets d'infrastructure, l'urbanisation et la climatisation.
A Vientiane, une ligne électrique autrefois destinée à une seule maison dessert aujourd'hui des immeubles entiers, mettant à rude épreuve des transformateurs vieillissants.
Dans les zones rurales, la chute d'un arbre sur une ligne peut provoquer une panne dans un village, ou plusieurs d'entre eux, faute de système de secours.
Bounchan Manochit, commerçante dans la province de Luang Prabang, témoigne que des animaux sauvages peuvent entrer la nuit dans les maisons privées de lumière. "On ne les voit pas", dit-elle. "Cela peut être dangereux."
- Importations -
Les 8 millions de Laotiens ont aujourd'hui presque tous accès à l'électricité, contre seulement 15% en 1995, selon le gouvernement. Mais l'entreprise publique EDL, chargée de l'entretien du réseau, doit faire face à une lourde dette accumulée lors de son expansion.
L'hydroélectricité représentant environ 80% de la production, l'offre diminue pendant la saison sèche, de mars à août. Le pays a parfois du mal à fournir de l'électricité à ses voisins et doit en importer à un coût élevé, selon un récent rapport de la Banque mondiale.
La Thaïlande reste le principal marché d'exportation, mais le Laos diversifie ses clients et son mix énergétique, à travers notamment Monsoon Wind, le plus grand parc éolien de la région, destiné à répondre aux besoins croissants du secteur manufacturier vietnamien.
L'électricité du parc Monsoon Wind est réservée au Vietnam. "Rien pour le local", relève le chercheur Le Hong Hiep, de l'Institut ISEAS-Yusof Ishak.
"Le Vietnam veut importer davantage d'électricité du Laos pour accroître également son influence sur Vientiane", note l'ancien expert d'EDL.
A.Olsson--RTC