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En Chine, pétards et feux d'artifice cherchent leur éclat d'antan
En Chine, pétards et feux d'artifice cherchent leur éclat d'antan / Photo: Adek BERRY - AFP

En Chine, pétards et feux d'artifice cherchent leur éclat d'antan

Un bouquet rouge et or illumine le ciel: en Chine, dans la capitale mondiale des pétards et feux d'artifice, les producteurs comptent sur l'assouplissement des restrictions et le Nouvel An lunaire pour relancer des ventes poussives.

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Entourées de collines, les usines de Liuyang, dans la province du Hunan (sud), sont à la peine, car cette tradition ancestrale et symbole de fête subit la panne de consommation qui frappe le pays.

La ville, dont l'histoire dans la pyrotechnie remonte à plus d'un millénaire, produit environ 60% des feux d'artifice du pays et 70% des exportations chinoises.

"Cette industrie se transmet ici des parents aux enfants", explique Li Shijie, directeur de l'usine Zhongzhou Fireworks, dont la famille est dans le secteur depuis cinq générations.

"C'est un patrimoine culturel auquel je suis très attaché", souligne-t-il.

Sur l'autoroute vers l'aéroport, des panneaux publicitaires clinquants vantent des dizaines de marques de feux d'artifice.

Les pétards et feux d'artifice accompagnent en Chine tous les grands moments de la vie — anniversaires, mariages, funérailles — souligne Zhu Ting, responsable qualité dans un entrepôt de Zhongzhou Fireworks.

Hors des grandes villes, où l'utilisation des articles pyrotechniques est très encadrée voire interdite, les Chinois devraient encore allumer cierges magiques et autres fusées sifflantes pour célébrer le Nouvel An lunaire le 17 février.

Travailler dans ce secteur est donc "une grande source de fierté", souligne Zhu Ting.

- "Morose" -

Les détonations qui résonnaient dans les métropoles chinoises durant les fêtes ont été drastiquement réduites depuis les interdictions des années 2010, pour cause de sécurité et de pollution.

Face à la morosité de la consommation, les autorités ont toutefois assoupli les interdictions en 2024. Un coup de fouet pour le secteur.

"Une bonne chose, évidemment", affirme Li Shijie, le directeur de Zhongzhou Fireworks.

En 2023, la levée des restrictions Covid avait propulsé la production à Liuyang: +60% sur un an, à 50,8 milliards de yuans (6,2 milliards d'euros).

"Les gens étaient contents (de la fin des mesures sanitaires), donc les ventes ont décollé, en Chine comme à l'étranger", se souvient Melissa Cai, responsable des ventes aux Etats-Unis pour Pyroshine, autre entreprise de la ville.

Mais depuis, la demande intérieure s'est essoufflée.

Au centre de négoce de feux d'artifice de Liuyang, des commerçants disent que l'activité a ralenti. Et à son stand, une vendeuse confie que même l'approche du Nouvel An chinois n'attire plus les clients.

L'an dernier a été "relativement morose" pour l'économie chinoise, explique Melissa Cai.

Lors du boom post-Covid en 2023, environ 10% des clients de Pyroshine étaient chinois. Aujourd'hui, ils sont tous étrangers.

Les ventes à l'export, elles, ont tenu bon, indique Mme Cai, malgré les droits de douane américains exorbitants imposés en 2025 sur les produits chinois.

- Cowboy et whisky -

Chez Zhongzhou Fireworks, les ouvriers s'affairent à coller des emballages ornés de loups sur des cartons destinés au marché américain.

Avec ses deux autres sites, l'entreprise produit chaque année pour environ 100 millions de yuans (12,2 millions d'euros) de feux d'artifice.

Usines et commerçants ne font pas uniquement face à une consommation atone. Ils doivent aussi composer avec des vagues de froid et des normes de sécurité progressivement renforcées après des drames.

En 2025, une explosion dans une usine de feux d'artifice du Hunan a fait neuf morts et 26 blessés. En 2023, des feux d'artifice avaient tué trois personnes dans des immeubles résidentiels à Tianjin.

Cette année, c'est une vague de froid dans la province qui a paralysé plusieurs jours des chaînes de production à Liuyang.

Les autorités imposent des arrêts de travail dès que le thermomètre passe sous zéro ou dépasse 40°C dans les usines.

La clé pour survivre, selon Li Shijie, de Zhongzhou Fireworks: rester au goût du jour.

Sur ses produits exportés aux Etats-Unis, chapeaux de cowboy, chars et bouteilles de whisky ornent les emballages. Sur la même marchandise, mais destinée aux clients chinois: du rouge, couleur symbole de bonne fortune.

"Les industries traditionnelles doivent suivre le rythme des changements", insiste M. Li.

La modernisation est indispensable, selon lui. Et pas seulement pour des raisons économiques.

Les pétards et feux d'artifice sont "un emblème de la fête pour les Chinois et pour le monde entier", déclare-t-il.

A.Olsson--RTC