La Fed gèle ses taux, se dit toujours étanche aux pressions politiques
Le président de la Réserve fédérale américaine (Fed) Jerome Powell a dit "espérer" mercredi que la politique monétaire ne se laisserait jamais contaminée par la "politique politicienne" après que l'institution a décidé de laisser les taux d'intérêt inchangés, contre l'avis de Donald Trump.
A l'issue de sa première réunion de l'année, la banque centrale des Etats-Unis a en effet maintenu les taux directeurs entre 3,50% et 3,75% après avoir les avoir réduits de trois quarts de point de pourcentage dans les derniers mois de 2025.
Ce retour au statu quo a été désapprouvé par deux des douze responsables de la banque centrale des Etats-Unis: les gouverneurs Stephen Miran et Christopher Waller voulaient une nouvelle diminution d'un quart de point de pourcentage.
L'opposition de M. Miran n'est pas une surprise.
Entré à la Fed en septembre sur proposition de M. Trump, il plaide depuis lors pour de franches baisses de taux.
Il a été rejoint par M. Waller, nommé gouverneur pendant le premier mandat de M. Trump.
Le vote de Christopher Waller a été remarqué dans la mesure où il est en lice, avec trois autres personnes, pour prendre la suite de Jerome Powell, dont le mandat prendra fin en mai.
Le président Trump cherche à placer à la tête de l'institution un banquier central qui pense, comme lui, que les taux devraient être nettement plus bas.
Il veut ainsi doper l'activité économique et réduire les coûts de financement de la dette publique des Etats-Unis. Selon lui, l'inflation n'est plus un problème.
Celle-ci atteignait cependant 2,8% en novembre et a probablement accéléré à 2,9% en décembre, a souligné M. Powell mercredi, lors de sa traditionnelle conférence de presse.
- Pas de "politique politicienne" -
A cette occasion, Jerome Powell s'est un peu plus départi de sa réserve caractéristique pour continuer à défendre l'indépendance de la Fed.
Il a récemment révélé faire l'objet d'une procédure lancée par le ministère de la Justice pouvant aboutir à des poursuites pénales, concernant l'important coût des travaux de rénovation du siège de la banque centrale à Washington.
M. Powell a dénoncé un "prétexte" et une tentative d'intimider une institution qui ne suit pas "les préconisations du président" des Etats-Unis en matière de politique monétaire.
Interrogé mercredi sur le conseil qu'il pouvait donner à son successeur, il a répondu: "Rester en dehors de la politique politicienne."
"Si on perd (l'indépendance de la Fed, NDLR), il sera difficile de la retrouver. Nous ne l'avons pas perdue. Je ne pense pas que cela arrivera. J'espère sincèrement que cela n'arrivera pas", a-t-il aussi déclaré.
M. Powell a également défendu sa présence à une audience de la Cour suprême le 21 janvier concernant la tentative de révocation par M. Trump d'une de ses collègues de la Fed, la gouverneure Lisa Cook.
C'est "peut-être l'affaire judiciaire la plus importante en 113 ans d'existence de la Fed. (...) J'aurais eu du mal à expliquer mon absence", a plaidé l'ancien avocat.
Le ministre des Finances, Scott Bessent, avait qualifié d'"erreur" la présence de M. Powell à l'audience.
- Economie "robuste" -
La Fed a par ailleurs montré qu'elle n'était pas pressée de recommencer à baisser ses taux.
Dans son communiqué, elle souligne que la croissance est "robuste", suggérant par là qu'un soutien supplémentaire - via une baisse des taux d'intérêt et donc des coûts d'emprunt - ne semble pas s'imposer.
La banque centrale a aussi changé sa façon de qualifier la situation sur le marché du travail américain: le taux de chômage présente "des signes de stabilisation" (il était de 4,4% en décembre), estime-t-elle désormais.
Message reçu cinq sur cinq par les marchés financiers, qui n'attendent pas de nouvelle détente avant la réunion de juin, au mieux, selon l'outil de veille CME FedWatch.
T.Parisi--RTC