Violences en ligne: les streamers Naruto et Safine jugés en juillet
Les streamers Naruto et Safine, dont le partenaire Jean Pormanove est mort en août après douze jours de direct le montrant violenté et humilié sur une plateforme Internet, seront jugés en juillet à Nice pour ces violences filmées, cette affaire illustrant les dérives de certains sites.
Les deux influenceurs niçois, âgés d'une vingtaine d'années et au parcours scolaire erratique, se filmaient avec Jean Pormanove, de son vrai nom Raphaël Graven. Ce dernier est décédé en août, mais une autopsie avait conclu à l'absence d'origine traumatique ou "d'intervention d'un tiers" dans sa mort.
Placés une deuxième fois en garde à vue mardi, Safine Hamadi et Owen Cenazandotti - véritable nom de Naruto - seront jugés par le tribunal correctionnel le 6 juillet a annoncé mercredi le parquet de Nice, confirmant une information de Mediapart.
Tous deux sont poursuivis pour des faits de "violences en réunion", "diffusion d'enregistrements d'images de violences". Mais aussi "provocation à la haine ou à la violence" en raison du handicap ou de l'orientation sexuelle, "violences sur mineur de 15 ans" et violences sur mineurs avec arme, a précisé dans un communiqué le procureur de Nice, Damien Martinelli.
Le parquet a requis le placement des deux hommes sous contrôle judiciaire, l'interdiction de diffuser des vidéos en ligne et le versement d'une caution.
L'affaire avait débuté fin 2024, après un article de Mediapart évoquant des vidéos sur la plateforme australienne Kick.
La justice avait ouvert une enquête portant sur des scènes montrant Jean Pormanove insulté, frappé, tiré par les cheveux, menacé ou encore visé par des tirs de projectiles de paintball sans protection, lors de directs sur sa chaîne, suivie par près de 200.000 personnes.
Mais dès le début des investigations "tant les personnes susceptibles d'être mises en cause que les victimes potentielles contestaient la commission d'infractions et indiquaient que les violences étaient simulées et s'inscrivaient dans des mises en scène scénarisées", rappelle le procureur dans son communiqué.
- "Amusement rémunérateur" -
Naruto et Safine seront jugés pour des violences infligées à Raphaël Graven, ainsi qu'à une seconde victime, Stéphane G., et à l'encontre d'un mineur "jeté sur Raphaël Graven dans le cadre d'un combat de catch".
"Tout était mis sur le compte d'un humour sans limite et d'un amusement rémunérateur", souligne encore le procureur.
Le parquet de Paris a, de son côté, émis mardi des mandats d'arrêt contre les gérants de la plateforme Kick, qui hébergeait les activités de ces streamers opérant depuis un studio de Contes, près de Nice.
Des mandats justifiés par le fait que les gérants, qui se trouvent en Australie, ne se sont pas présentés à une convocation de la justice française.
Ces auditions doivent permettre de "recueillir les observations sur les faits reprochés" ainsi que "sur les mesures de mise en conformité que la société Kick était susceptible d'avoir prises, depuis le décès de Jean Pormanove", selon le parquet.
Réagissant mercredi, Kick réfute toute "convocation formelle" et assure avoir "pleinement coopéré à toutes les enquêtes."
"Nos équipes restent pleinement mobilisées pour garantir un environnement sûr et responsable pour les créateurs et les utilisateurs", souligne la plateforme. "Kick tient à préciser qu'elle n'a jamais directement rémunéré les streamers en question pour un contenu spécifique."
Car derrière les vidéos, il y a des flux financiers de centaines de milliers d'euros, engrangés notamment grâce aux paiements de spectateurs visionnant les directs.
Le parquet niçois évoque "des montants très significatifs en lien avec l'activité des protagonistes."
Entre 2021 et 2025, Raphaël Graven avait perçu près de 140.000 euros au moins "provenant de différentes plateformes" explique, par exemple, le parquet.
Pour Naruto, c'était près de 460.000 euros entre 2022 et 2025. Safine, quant a lui, a perçu plus de 200.000 euros entre 2021 et 2025.
Aucun ne déclarait ces revenus au fisc.
P.Batteux--RTC